La femme la plus riche du monde

Il est des films qui vous rappellent que le cinéma est l'art du Temps. Celui du film qui se déroule sous nos yeux, et celui qu'il nous demande de prendre, d'aller chercher, dans ses interstices ou la contemplation des plans.

Thierry Klifa est un équilibriste, tous les ingrédients étaient là pour une sorte de facilité de pensée, de clivages clichés, mais le film respire la subtilité, la profondeur, même quand certaines répliques ne le sont pas.

Tous les personnages, à commencer par celui de Marina Foïs (coupe à la Véra de Scoubidou) intériorisent la ligne à ne pas dépasser, celle qui empêcherait d'atténuer les traits, de les garder profonds et qui  éloigne les clichés.

Les gros plans sur les visages, longs, contemplatifs, permettent d'échapper à la facilité de juger, aux raccourcis qui condamneraient tels ou tels personnages.

L'argent, le pouvoir, le bon ou mauvais goût, et une réplique qui tient à elle tout l'esprit du film "Riche ou pas, personne n'est vraiment armé pour affronter la vie" (c'est mieux dit dans le film), font comprendre les travers de chacun des personnages. Les maladresses transpirent cette épreuve (la vie) où chacun cherche quelque chose, probablement l'amour et l'attention en premier, mais hérite d'un bagage, l'argent, la famille, le pouvoir, et se débat avec.

Isabelle Huppert est le sphinx du film, Laurent Lafitte son miroir. Chacun est attachant, irritant et on ne sait jamais à quelle faille s'adresse l'autre mais la tendresse domine.

Quelques ellipses auraient mérité d'être éclaircies, tant les personnages semblent parfois opaques, mais le film réussit son pari de cinéma : habiter le spectateur une fois sorti de la salle d'un étrange parfum de reconnaissance et de tolérance.

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