Nino

Nino a rendez vous un vendredi à l'hôpital pour chercher des résultats d'examens passés sans véritable enjeu. La docteure le reçoit, lui annonce le protocole de soin à commencer dès le lundi, incompréhension de Nino, la docteure fouille dans son dossier, il n'a pas eu le rendez vous intermédiaire, celui où on aurait dû lui annoncer la maladie. La docteure bredouille, tente d'être adroite pour lui annoncer qu'il a une maladie grave.  En une séquence, c'est toute la subtilité du scénario qui apparaît, sans le rendez vous intermédiaire raté, le film commencerait avec le rendez vous de l'annonce de la maladie et deviendrait lourd. Ici, l'incompréhension  mise en avant ne nous lâchera pas pendant tout le film, immédiatement, le spectateur fait corps avec Nino, il a traversé son incompréhension, ses doutes, ses questions. 

Nino doit commencer dès le lundi un protocole de soin. Il faut qu'il soit accompagné et mette rapidement son sperme à congeler, le traitement fragilisant la fertilité. La logique voudrait qu'il rentre chez lui, probablement pour passer le week end à ne pas émerger, mais il a perdu ses clefs. 

Le film n'est ensuite qu'une danse gracile autour du comédien, son physique longiligne dont on ne sait jamais s'il est quelqueconque ou sublime parce que la réalisatrice a parfaitement su où poser sa caméra, il est de tous les plans et pourtant absent partout tant ses émotions semblent intériorisées, portées par le doute, l'errance. 

Trois pôles sont ensuite travaillés, la famille, l'amitié et l'amour, avec, pour chacun, des trésors de délicatesse d'écriture, des non-dits qui laissent au spectateur les espaces à investir, ressentir. On jubile de trouvailles scénaristiques fines qui nous guident tout le long du film, à la fois rassurantes et étonnantes, il faut bien cela pour ignorer ce qui désormais pèse sur la tête de Nino, la mort.

Le casting est dans la même lignée, entre évidence et surprise. Le décor est à chaque fois ausculté pour faire écho aux problématiques de Nino, ajouté à cela la bande son de la ville qui grouille alors que la sienne semble arrêtée, tout concourt à faire du film un bijou de haute joaillerie cinématographique.

Il est aussi, tout le temps, question de désir, désir de vivre, désir d'aimer, d'être aimé, et pas un corps ne déroge à la délicatesse, la subtilité, quelles que soient les situations. 

La main fermée de Nino posée contre le cou d'une ancienne amie de lycée et qui déploie un à un ses doigts longilignes sur sa nuque comme une caresse, annonçant les attendus des jours à venir est à elle seule une proposition de jeu, de mise en scène qui résume toute l'inventivité, la délicatesse et la subtilité de film. Un désir qui, à ce moment du film, met les papillons dans notre ventre.

Un film papillon. 



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